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Lundi 19 octobre 2009

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Le troisième millénaire avait bien mal commencé à vrai dire. Remo l’avait appris à l’école vers douze ans, et à jamais marqué, même plus traumatisé. Le Président de la plus puissante des nations guerroyait au nom de Dieu dans les contrées du Proche et Moyen-Orient : en fait au nom du pétrole et pour faire marcher son industrie de fabrication d’armes. Trouvant de faux prétextes, de fausses preuves de fabrication d’armes nucléaires chez ses ennemis, il en profitait pour les attaquer en tant que policier de la planète. Jusqu’au jour où la vague d’intégrisme se ligua en véritable cohalition musulmane et fit front entraînant l’accord de la Chine et le désaccord de la Russie. L’Europe, elle serrait les fesses, prise en étau. Cela dura environ dix ans, le temps du mandat de ce fou de guerre, puis vers 2008, ce fut la catastrophe, la goutte d’eau qui fit déborder le vase : un immense attentat, pire que celui du onze septembre 2001, rasa simultanément la Maison Blanche, siège des Etats-Unis, et le Kremlin, siège de la Russie. Ceci déclencha la lancée de missiles nucléaires en automatique et personne ne put rien y faire pour stopper la destruction massive. La surface de la Terre fut quasiment détruite, bouleversant les continents et la vie. Seuls quelques êtres hagards, moins de cent mille errèrent sur une planète dévastée. Il leur fallut à nouveau tout réapprendrre, tout reconstruire à petite échelle. Cependant parmi eux se trouvèrent de nombreux ingénieurs et une bonne partie de suisses presque 50’000, sauvés grâce à leurs abris anti-atomiques construits systématiquement à chaque nouvelle maison. Chaque groupe de survivants s’organisa du mieux qu’il put, créant des abris, empruntant des réseaux souterrains de métros encore en état s’il s’en trouvait, creusant plus profondément des galeries dans les grottes montagneuses ; ils récupérèrent les moindres moyens qu’ils trouvèrent çà et là, créèrent de l’eau, de l’électricité de fortune, des lampes pour faire pousser dans des espèces de serres des végétaux ; ils trouvèrent de quoi se soigner, mais délaissant les victimes trop atteintes par les brûlures radioactives, ou les achevant pour oublier leurs plaintes. Pendant des dizaines d’années, une pluie noire diluvienne se déversa partout sur le globe, une poussière immonde et grise masqua le soleil. L’air était irrespirable. Au bout de deux ans, enfin la pluie cessa. Un soleil voilé apparut timidement, mais il était toujours impossible de sortir. Ce fut réellement au bout d’un millénaire que les premiers hommes purent tenter une sortie. La nature n’avait pas attendu sur eux pour réapparaître. Des plantes s’étaient épanouies, des petits arbres offraient leurs branches à peine feuillues au ciel. Et même des oiseaux chantaient. La vie enfin put reprendre pour ces hommes. Bien sûr, leur société avait bien évolué aussi sous-terre. Ils avaient tout refondé : des habitations, des hôpitaux, des écoles, un véritable réseau sous-terrain tout au plus à une cinquantaine de mètres sous la surface. Ils avaient aussi réussi à tous se recontacter aux quatre coins de la Terre. Et ils avaient même inventé des espèces de navettes à air comprimé pour voyager d’un village souterrain à un autre.

Leur voeu, le premier lorsqu’ils décidèrent d’émerger de leurs abris fut : “Plus jamais cela ! Place à la nature, vivons en harmonie avec !” Mais le fait de retrouver de nouveaux gisements pétroliers raviva de nouveau les vieilles habitudes, plutôt que de chercher autre chose pour se mouvoir. L’humain n’avait pas compris la leçon ! Il voulait reproduire les mêmes erreurs, se resservir de l’or noir, et engendrer des conséquences polluantes. En marge de cela, le gouvernement nouvellement formé misait sur la Lune et Mars pour assurer la survie de l’espèce, au cas où cela tournerait encore mal. De plus vivre en autarcie sur un monde austère ne relevait plus de science fiction, au vu de ce que tous venaient de réaliser pendant mille ans pour survivre. Ainsi donc, 5000 ans après cette destruction, la population maintenant comptait 50 millions d’individus, dont 4 millions sur Mars, 500’000 sur la Lune, le reste se répartissait pour un quart en Louisiane, un quart en Europe, un troisième quart en Afrique et le reste en Chine. La bande de peuplement de mille kilomètres s’élargissait comme une ceinture tel un équateur. En dehors, les territoires étaient interdits car encore trop radioactifs pour certains, ou bien protégés pour le développement naturel de l’environnement.

Remo Walker, lui, était d’origine suisse. En fait on l’avait surnommé Walker car il avait roulé sa bosse sur Terre un peu partout. Ce qui l’effrayait le plus était d’imaginer que des générations d’enfants ne connurent jamais la vraie couleur du ciel et du soleil ! Lui qui aimait tant la nature !

 

Il voulait au départ s’orienter vers un job comme botaniste, biologiste, ou géologue, au pire s’était-il dit, jardinier, si cela s’avérait trop dur, car c’était vrai qu’il avait de la peine à se plier à une rigueur, à un cadre d’apprentissage, à des supérieurs. Mais il était bon élève malgré cela. Cependant tout bascula vers ses 17 ans, le jour où un affreux criminel prît en otage des personnes dans un centre commercial. Cela avait mal tourné. L’autre était un fou dangereux rêvant de faire la une des journaux. Son acte allait être gratuit. Et il liquida tout le monde. Remo avait appris cela en rentrant des cours par les news à la radio. Il avait dressé la table pour cinq personnes : ses parents, son petit frère, sa petite soeur et lui. Ils devaient être allés à la ville voisine pour le toubib et ne devaient pas tarder à rentrer après quelques courses. Seulement ils ne revinrent jamais. Quand le responsable du village et deux gendarmes frappèrent à la porte, Remo crut que la terre s’effondrait sous lui. Il avait compris : sa famille comptait parmi les otages.

Depuis ce drame, il se jura de tout faire pour éviter que ce genre d’individu ne soit en liberté. Il avait soif de justice. Mais comme toujours son instinct de liberté et d’insoumission à l’ordre ne se conjuguerait guère avec le fait d’être un policier. Quant à être chasseur de prime, cette idée le dégoûtait. Un jour, il apprit par un pote que le Service Spécial des Agents Interplanétaires, le SSAI, recrutait : organisme neutre, servant l’Etat, ce service regroupait des agents très spéciaux pour des missions hors du commun, dangereuses, mais visant le bien et la sécurité des citoyens. Il n’hésita pas, s’inscrit et passa tous les tests avec succès. Depuis près de 18 ans, il officiait là et malgré quelques déboires disciplinaires ralliait les meilleurs.

 

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La formation sur la technique de l’ascenseur spatial se révéla très passionante pour les agents, à part Patsy qui n’y comprenait mais rien de rien. Pourtant il valait mieux qu’elle maîtrise pour savoir comment agir et couper les nanocâbles qui formaient le câble concerné par les mines. Puis tous reçurent une formation sur les mines, la façon de les désactiver et celle de sauter avec ! Enfin, il fallut compléter le tableau avec la formation sur les sorties dans l’espace. Là, Gallagher commença sérieusement à angoisser quant à son immersion dans sa combine. Pourtant il faudrait bien qu’il y rentre le bahut ! On lui commanda deux spécimens de combinaison à sa taille XXXLL en express ! On fit les tests en piscine. Pour sûr, imaginer qu’après ils seraient tributaires d’un scaphandre dans l’espace, fallait pas être claustrophobe !

Après le premier test, on sentit la pression sur chaque membre de cette mission. Au cours du repas qui suivit le premier debriefing, Patsy ne put rien avaler. L’Africain en rigola comme toujours. Remo lâcha pour détendre l’atmosphère :

-       Alors Patsy, t’as pas bonne mine ! T’as mauvaise impression ?

L’Africain rit de plus belle secouant ses dreads sur l’assiette de Desquelare. Et là Remo vit des trucs gicler. Il roula des yeux étonnés et amusés. Il en avait vu gicler ! Ah ça il savait bien que c’était un nid à bestioles ! Berk ! En tout cas bonjour le scaphandre ! Cela ferait un scoop ! Les premiers poux spatiaux ! Ah ah ah ! Cette fois-ci, ce fut lui qui se marra plus fort que l’autre. Desquelare secoua la tête et lissa sa moustache, puis passa un peigne dans ses cheveux.

-       Je suis sûr, Desquelare, que tu risques de dormir avec ton scaphandre si y a trop de gomina ! Mets-en pas trop pour le jour J !


A suivre, Amas-Zones 

Par amas zones
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